Les 39 films recommandés par Scorsese

◤Après le re-visionnage de The Irishman de Martin Scorsese sur Netflix, je me suis penchée sur ce cinéaste, véritable partie prenante de ma cinémathèque.

▻J’avais découvert, par le passé, qu’il avait contribué à la restauration de son film fétiche, et du mien, à savoir, Les Chaussons rouges (The Red Shoes), film britannique réalisé par Michael Powell et Emeric Pressburger, sorti en 1948.

Le miracle numérique des Chaussons Rouges

-Ce sont donc ses conseils de cinéaste, notamment, en ce qui concerne le cinéma en langue non anglaise, qui m’ont intéressée.

*C’est là que je découvre, une liste de films, parue en 2014.

 

Petite idée sur la question

Foreign Film List

« Il y a quelques années, Colin Levy a eu une opportunité dont rêvent la plupart des apprentis cinéastes : rencontrer Martin Scorsese. À l’époque, le jeune homme est âgé de 19 ans et vient de remporter le YoungArts Award, un prix remis par le réalisateur des Affranchis et de Taxi Driver.

Lors de cette rencontre privilégiée, Colin Levy raconte avoir avoué à Scorsese avoir très peu de connaissances en dehors du cinéma anglophone.Source

Metropolis de Fritz Lang, Nosferatu de Murnau, Rocco et ses frères de Visconti, Les 400 coups de Truffaut, Entre le Ciel et l’Enfer de Kurosawa… au total,  11 films français, 11 films italiens, 10 films allemands et 7 films japonais.

-Prenez connaissance de cette liste, rien ne vous frappe ?

/C’est l’histoire d’un jeune cinéaste et d’un cinéaste né en 1942, Martin Scorsese. Ce dernier lui préconise 39 films, réalisés par des hommes, jusque là tout est clair. Une histoire d’hommes, en somme. Et c’est là où cela peut devenir préjudiciable.

//Et d’une, le cinéma serait masculin, et les conseils d’un réalisateur majeur pourraient être suivis à la lettre en raison de sa notoriété et de ses sphères d’influence, de ce fait, l’idée serait reprise sans questionnement. Et de deux, cela nous place devant nos responsabilités de suiveurs, de méconnaisseurs en besoin de conseils.

En effet, nous recevons cette liste comme des pistes émises par une personne éclairée, un expert dont la parole ne peut être remise en question. Si c’est Martin Scorsese qui l’a dit. Et qui suis-je pour ne pas être d’accord avec une personne aussi légitime ?

_Et bien, non, je ne suis pas d’accord avec cette prescription.

  • En quoi Martin Scorsese peut-il être un prescripteur officiel, sous -entendu, allez-vous suivre ses conseils ?

MARTIN SCORSESE

 

Vue panoramique du cinéma ? 

   Vous avez le classement à l’esprit ? /Les 39 films et Sens Critique

Le 1er film cité, Metropolis, est de 1927, il ne respecte pas la chronologie de la suite. Il est donc le 1er, soit le meilleur de tous. Nous y reviendrons. 

  • De plus, pourquoi 39 films ?
  • Pourquoi avoir choisi des périodes allant de 1922 à 1979 ?
  • Avant 1922 ?
  • Après 1979 ?

Scorsese a donc un top 5

  • Metropolis de Fritz Lang
  • Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau
  • Dr. Mabuse, le joueur de Fritz Lang
  • Napoléon d’Abel Gance
  • La grande illusion de Jean Renoir

_Martin Scorsese peut être classé comme expressionniste à l’instar de ses cinéastes fétiches Lang et Murnau.

Et puis 39 films ? Pour Les 39 marches d’Hitchcock ? Pourquoi ne pas préciser un compte rond ?

/Mais surtout, avant 1922, George Méliès! On estime qu’en dix-sept ans d’activité Georges Méliès a réalisé près de 600 films de 1 à 40 minutes, en privilégiant trois genres : la féerie et le fantastique, la science-fiction et la reconstitution historique.

)Ou encore, Alice Guy! Elle réalise son premier film en 1896. En plus d’être la 1ère femme réalisatrice, elle signe ainsi le premier péplum de l’histoire du cinéma. En 1906, elle complète ces différents épisodes par une production à gros budget pour l’époque, avec 300 figurants et 25 tableaux, soit plus de 600 m de film (environ 1/2 heure). Elle reçoit pour celle-ci les félicitations de Louis Gaumont, et la médaille de la ville de Milan. 

(Et après 1979…

C’est quoi le cinéma ?

/Considérons cette liste comme un panorama historique, mais non des moindres, du cinéma. Une tentative de définition de ce que peut être le cinéma « étranger  » pour un cinéaste américain notoire.

▵Les références proposées rentrent dans l’histoire du cinéma, évidement, avec néanmoins quelques remarques.

▵Le cinéma est appréhendé de manière restrictive, en effet, qu’entendons-nous par cinéma ? Long-métrage ?

Vous me direz, c’est le cas de grandes nombres de catégories, de festivals, oui et bien, justement, la liberté qu’offre le Conseil peut s’émanciper des cloisonnements habituels.

  • Où se trouve le court métrage ?
  • Le film documentaire ?
  • Le film d’animation ?

//Nous pouvons déplorer l’absence de cinéastes et de films tel que Le ballon Rouge d’Albert Lamorisse, par exemple.

◒Les cinéastes tels que Chris Marker, Raymond Depardon, Jean Rouch, Stan Neumann, Richard Copans

Sortie coffret « Sans soleil » Chris Marker

⊙Nous pouvons regretter la non présence de film d’animation, Miyazaki en tête suivi de Satoshi Kon.///

-Le choix de ces films porte des thèmes et des sujets inspirants, que l’on peut retrouver dans la filmographie de Scorsese.

//Scorsese va, d’ailleurs, faire figurer ses maitres et ses confrères. Les périodes abordées ne permettent pas à la création cinématographique contemporaine d’y figurer avec ses renouveaux, ses générations suivantes, ses genres, ses formes…

▾Cependant, au coeur de cette histoire là du cinéma, il manque, aussi, beaucoup de monde.

Les grand.e.s absent.e.s

▲De nombreux cinéastes sont absents de cette leçon de cinéma, d’une part, il n’y a que des hommes et certains endroits du mondes incarnés par leurs dignes représentants pêchent par leur absence.

Chahine, Sissako, Cissé, Kioristami, Farhadi, Panahi

  • Youssef Chahine est une figure incontournable. Cinéaste à la croisée des cultures orientale et occidentale, il a signé une œuvre intense, courageuse, combative, sans cesse inspirée par sa vie de cinéaste et de citoyen.Ici, en affiche, Gare Centrale.

L’Inde

◍Satyajit Ray (Néo -réalisme) a réalisé 37 films, parmi lesquels des courts et des longs métrages ainsi que des documentaires. « L’influence américaine, celle de Renoir se traduisent par un souci du langage exact, de l’efficacité, de l’équilibre des structures, de la musique, des lois du genre : mélodrame ( l’Expédition ), aventures, psychologie et intimisme (Charulata, 1964), intimisme et politique : la Maison et le Monde (1984). « source

L’Europe

▻Les Russes, Eisenstein (école soviétique), Tarkovski, Sokourov – (Image cristal) manquent cruellement!

  • Tarkovski

« En sept films de long-métrage, le réalisateur « russe » officiant en URSS a formé une œuvre incomparable portant le cinéma vers des sommets esthétiques et narratifs, mais aussi en matière de pensée et de vision du monde. La tentation d’exhaustivité se heurte à l’extraordinaire densité de la filmographie d’un artiste pour lequel il a fallu sans cesse composer avec des autorités hostiles, son captivant Journal est le témoignage saisissant de cette antichambre d’un exil à l’issue dramatique. « source

L’Est de l’Europe 

⊿Kalatozov (Soy Cuba), Béla Tarr… Ne serait-ce que, Kieslowski en chef de file contemporain.

  • « En 1988, “Le Décalogue » de Krzystzof Kieslowski, un Polonais inconnu ici, passait à l’Ouest. Un électrochoc. »Source

Nord de l’Europe

⊿Où se trouve Dreyer (Abstraction lyrique), Bergman ?

DREYER 

« Un des grands maîtres de l’histoire du cinéma. S’il fut influencé à ses débuts par les films de Griffith et l’expressionnisme allemand, il développa très vite un style personnel. Il est l’auteur d’un cinéma tragique et sublime, où le réalisme se mêle à l’onirisme et cache une profonde interrogation métaphysique.

▵Cinéaste (danois) de l’invisible et de l’envers du réel (Vampyr), de l’émotion pure captée sur un visage (Le Procès de Jeanne d’Arc), il ne réalisera que quelques films parlants (Dies Irae, Ordet, Gertrud), tous bouleversants, hantés par les questions fondamentales de l’amour, du Mal et de la mort. »Rétrospective Cinémathèque 2016

Carl Dreyer (1889-1968) De Vampyr à la résurrection, la passion du cinéma – FC

  • Vampyr prend place, aux côtés du Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau (1922) et du Dracula de Tod Browning (1931), parmi les classiques vampiriques pré-Universal et Hammer.

BERGMAN

❏Il s’est imposé comme l’un des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma en proposant une œuvre s’attachant à des thèmes métaphysiques (Le Septième Sceau), à l’introspection psychologique (Les Fraises sauvages, Persona) ou familiale (Cris et Chuchotements, Fanny et Alexandre) et à l’analyse des comportements du couple (Scènes de la vie conjugale).

« S’il est une poignée de films qui devraient impérativement figurer dans une liste des classiques du cinéma du monde des années 50 (du « art-house », tels qu’ils les vendent outre-Atlantique), Le Septième Sceau serait assurément du nombre. « Critique Septième Sceau

Persona 

▒ »L’ouverture est fragmentée, stupéfiante, images éparses qui nous plongent d’emblée dans l’univers du film et de son créateur : un burlesque muet, avec diable fourchu et squelette (Le Septième sceau ?), une mygale (Bergman imagine souvent dans ses rêves Dieu sous la forme d’une araignée), un mouton qu’on égorge, son œil, ses viscères qui se répandent, des clous enfoncés dans une main (Les Communiants ?). Puis un mur, la neige sur une forêt, une grille, et l’on pénètre dans l’hôpital.[..] Expérimentations sonores, expérimentations visuelles, Bergman multiplie les figures « impures ». Il utilise des zooms et des faux raccords, brisant même la sacro-sainte règle des 180° »… Source

+: Cycle Bergman Cinémathèque Et Margarethe Von Trotta – Le Septième Sceau

Nord de l’Europe contemporain

  • Aki Kaurismaki

Les femmes au cinéma!

◢Les femmes réalisatrices restent encore largement minoritaires dans l’industrie du cinéma.

▾En France, seulement 23,3 % des longs-métrages ont été réalisés par des femmes en 2017, et dans le monde, la situation est pire. La proportion de femmes cinéastes stagne autour de 12% en Europe.

▾Quelques noms, en France: Marguerite Duras, Agnès Varda, Coline Serreau, Nelly Kaplan, Chantal Akerman, Nicole Garcia, Tonie Marshall, Céline Sciamma, Noémie Lvovsky, Laetitia Masson, Marion Vernoux, Anne Fontaine,  Mia Hansen-Løve, Sophie Letourneur, Valérie Donzelli, Patricia Mazuy,

▁Mais avant cela, encore…. »Alice Guy (1873-1968), la pionnière du cinéma français dont la carrière cinématographique coïncide avec les débuts du septième art, avait réussi à s’imposer dans le monde du cinéma de l’époque, assez peu ouvert aux femmes ». Femmes cinéastes en France: l’après-mai 1968

▗Bien avant que les termes « féministes » et « female gaze » n’apparaissent, Germaine Dulac a montré à l’écran des histoires de femmes, de leur point de vue.

▾Cette pionnière a aussi réalisé le 1er film surréaliste, inauguré les ciné-clubs et dirigé les Actualités Gaumont d’une main de maître. Germaine Dulac, une cinéaste féministe et avant-gardiste oubliée- FC

▾Nous pouvons d’ores et déjà citer la néo-zélandaise Jane Campion, certes anglophone…Quelques chiffres sur la proportion des femmes cinéastes dans différents pays :

  • France 20%
  • Brésil 15%
  • Suède 11%
  • Angleterre 10%
  • Danemark 10%
  • Mexique 10%
  • Japon 7%
  • États-Unis 5%

▻ »Ce dossier que nous vous invitons à lire (Les Cahiers du cinéma n° 681, septembre 2012) est l’occasion de vous faire découvrir les films de quelques jeunes réalisatrices talentueuses issues des quatre coins du monde ».source

  • Telles que Maren Ade, Keren Kedaya, Ronit Elkabetz, Debra Granik, Kelly Reichardt,  Drew Barrymore, Farah Kahn, Leïla Kilani, Valéria Gai Guermanika...

 

Les Absents Français de la liste

◤Sans cabotiner davantage, peut-être que la sur-citation de Godard a pu me poser problème. Des Films ou cinéastes auraient pu… Nous avancerons les noms de Méliès, Clouzot, Resnais, Tati, Bresson, Ophüls, Melville, Sautet, Blier, Tavernier, Polanski, Carax, Audiard…Il y a, néanmoins, un film qui m’avait stupéfaite pour la beauté de ses plans, sa bande originale et ses interprètes: Les Misérables de Raymond Bernard.

▷ »Avec son découpage en trois parties, le film (qui dure cinq heures) propose une lecture très complète du roman, avec une sensibilité particulière à la question sociale. Ce qui frappe, à revoir ce long film, c’est la grande exigence esthétique de la mise en scène, très influencée par l’expressionnisme allemand. La partition est un régal, que l’on doit au grand Arthur Honegger. »

 

Le cinéma espagnol

  • Où se trouve Buñuel ?

▢Du Chien andalou à Cet obscur objet du désir, Luis Buñuel construit une œuvre profondément marquée par le surréalisme.

▾Buñuel ( naturalisme) se voit proposer un tournage en Europe : il s’agit de Viridiana, qui obtient la Palme d’or au festival de Cannes 1961 mais provoque d’importants remous politiques, diplomatiques et religieux, notamment pour la représentation finale, parodiant la Cène, d’indigents qui s’emparent de la demeure de propriétaires terriens et se livrent à une orgie.

▾Suivent L’Ange exterminateur, tourné au Mexique, et Le Journal d’une femme de chambre, adaptation du célèbre roman d’Octave Mirbeau et premier film tourné en France par Buñuel depuis L’Âge d’or.

▾Ses films sont toujours puissants et en lutte contre la classe bourgeoise dominante : La Voie lactée, Belle de jour (un des plus gros succès commerciaux de la carrière de Buñuel) et Le Charme discret de la bourgeoisie, récompensé par l’Oscar du meilleur film étranger en 1973.

  • Almodovar…(Points de présents et nappes de passé)

▣Question de générations… Quatre nominations à la Palme d’Or, deux golden Globes pour meilleur film en langue étrangère (Tout sur ma mère, Parle avec elle), Oscar meilleur scénario original (Parle avec elle)…

//////Vous en voyez encore d’autres, c’est fort heureusement possible!

Retour sur La liste de SCORSESE

  • Metropolis de Fritz Lang – 1927
  • Nosferatu de Friedrich Wilhelm Murnau – 1922
  • Dr. Mabuse, le joueur de Fritz Lang – 1922
  • Napoléon d’Abel Gance –1927
  • La grande illusion de Jean Renoir – 1937
  • La règle du jeu de Jean Renoir –1939
  • Les enfants du paradis de Marcel Carné -1945
  • Rome, ville ouverte de Roberto Rossellini -1945
  • Païsa de Roberto Rossellini – 1946
  • La terre tremble de Luchino Visconti – 1948
  • Le voleur de bicyclette de Vittorio De Sica – 1948
  • Umberto D de Vittorio De Sica – 1951
  • La belle et la bête de Jean Cocteau– 1946
  • Voyage à Tokyo de Yasujirô Ozu – 1953
  • Vivre d’Akira Kurosawa –1952
  • Les septs samouraïs d’Akira Kurosawa –1954
  • Les Contes de la lune vague après la pluie de Kenji Mizoguchi – 1953
  • L’intendant Sansho de Kenji Mizoguchi -1954
  • Entre le ciel et l’enfer d’Akira Kurosawa –1963
  • Le pigeon de Mario Monicelli –1958
  • Rocco et ses frères de Luchino Visconti -1960
  • Les 400 coups de François Truffaut – 1959
  • Tirez sur le pianiste de François Truffaut – 1960
  • A bout de souffle de Jean-Luc Godard – 1960
  • Bande à part de Jean-Luc Godard – 1964
  • Le fanfaron de Dino Risi – 1962
  • L’avventura de Michelangelo Antonioni –1960
  • Blow-up de Michelangelo Antonioni – 1966
  • Prime della rivoluzione de Bernardo Bertolucci – 1964
  • Le boucher de Claude Chabrol – 1970
  • Weekend de Jean-Luc Godard – 1967
  • La pendaison de Nagisa Oshima – 1968
  • Le marchand des quatre saisons de Rainer Werner Fassbinder – 1972
  • Tous les autres s’appellent Ali de Rainer Werner Fassbinder – 1974
  • Le mariage de Maria Braun de Rainer Werner Fassbinder – 1979
  • Au fil du temps de Wim Wenders – 1976
  • L’ami américain de Wim Wenders – 1977
  • L’énigme de Kaspar Hauser de Werner Herzog – 1974
  • Aguirre, la colère de Dieu de Werner Herzog – 1972

L’Europe des réalisateurs

◖11 films français, 11 films italiens, 10 films allemands et 7 films japonais. L’Europe est sur-représentée à l’aune de 3 pays seulement avec un total de 32 films sur 39 soit 82% des recommandations.

▾Comment trois pays d’ Europe peuvent-ils représenter un pan quasi entier voire exclusif de l’histoire du cinéma ? 

FRANCE

▚Après le peloton de tête -grand vainqueur aux couleurs de l’Allemagne, en outsider, la France se place à la 4ème place du classement avec le film d’Abel Gance, Napoléon. Une oeuvre fleuve de plus de six heures, considéré comme l’un des plus grands films de tous les temps.

▏Sur les 11 films français, 2 pour Renoir, 3 sont de Godard et 2 de Truffaut. L’impressionnisme (Gance et Renoir) et la nouvelle Vague, largement privilégiée avec 5 films sur 11 soit la moitié env.

  • Ses représentants sont François Truffaut, Jean Eustache, Eric Rohmer, Arnaud Desplechin, Olivier Assayas, Pascal Bonitzer, Wim Wenders, Jim Jarmusch.

Les autres films sont de Marcel Carné (pointes de présents et nappes de passés) Jean Cocteau et Chabrol (cinéma mental).

  • Après Chabrol et son film, Le Boucher de 1970, plus rien, dernier grand cinéaste ? Très lourd héritage/tribu pour les suivants, qui s’est relevé de la Nouvelle Vague et après cette dernière, quelle école/mouvement en France ?

——

ITALIE

⌘11 films italiens: Pas de Pasoloni ni de Fellini ! Je reste attérée. Roberto Rossellini (X2), De Sica (X2), Visconti (X2), Monicelli, Risi, Antonioni (X2), Bertolucci.

▾Soit l’image cristal (Visconti et Fellini) et le Néoréalisme (1943 – 1955) dont les représentants sont Roberto Rossellini, Vittorio de Sica, De Santis, Federico Fellini, Michelangelo Antonioni, Luchino Visconti ainsi que Yasujiro Ozu, Satyajit Ray, Abbas Kiarostami. 

  • Que reste-t’il à l’Italie après le Néoréalisme ? Bon courage au Moretti, Benigni

—–

ALLEMAGNE

☶10 films allemand: Fritz Lang (2), Murnau – Expressionnisme et Fassbinder (X3) -Abstraction lyrique, Wim Wenders (X2)- la nouvelle vague, Herzog (X2) (nouveau cinéma allemand).

▪L’Allemagne est présente avec les trois médailles d’or, argent et bronze sur cette liste Scorsese, un immense bravo, presque une dette. Un âge d’or qui semble indétrônable. Trois œuvres réalisées entre 1922 et 1927, meilleure période du cinéma étranger, mais aussi la plus prolifique pour l’Allemagne qui voit son apogée aux cours des années 20.

▼Le prestige du cinéma allemand est tel que, dès la seconde moitié des années 1920, des cinéastes allemands sont invités par les grands studios américains à venir travailler aux États-Unis. Des personnalités aussi importantes que Friedrich Wilhelm Murnau, Paul Leni, Wilhelm Dieterle ou Karl Freund quittent alors l’Allemagne pour les États-Unis.

  • Metropolis est le film le plus cher du cinéma allemand. Échec critique et commercial à sa sortie tandis qu’il est, à l’époque, le film le plus cher de l’histoire du cinéma, il est rapidement amputé. Il est progressivement réhabilité durant la deuxième moitié du XXème siècle, au point d’atteindre le statut de chef-d’œuvre majeur de l’histoire du cinéma, ce dont témoignent ses multiples influences jusqu’à nos jours, notamment dans la culture populaire. Plusieurs fois restauré, il devient en 2001 le premier film inscrit sur le registre international Mémoire du monde de l’UNESCO. 

○Le cinéma expressionniste disparaît dans les années 1930. Son legs tient surtout dans les jeux de lumière et les décors. Le cinéma réaliste mais aussi le cinéma fantastique américain et surtout le film noir lui succéderont, ce dernier ayant été très influencé par l’expressionnisme. 

  • Pour l’Allemagne, selon Scorsese, Fassbinder a permis un retour de 1er plan mais il est également venu sonner le glas en 1979 et enfoncer le clou avec trois films cités. Wenders et Herzog, en contemporains, sont parvenus à émerger. 

—-

ASIE

▯L’Asie voit le Japon uniquement cité avec Ozu, Kurosawa ( X3), Mizoguchi ( X2) et Oshima.

▪Naruse – Il est l’auteur de 89 films datant de la fin du cinéma muet jusqu’aux années 1960. Naruse s’est spécialisé dans le genre shomingeki (tragi-comédie sur les classes salariées) comme Yasujirō Ozu.

  • Masaki Kobayashi était une grande figure du cinéma japonais, à l’instar d’Akira Kurosawa, son contemporain.
  • Teshigahara fréquenta le groupe Cinéma 1957, avec les cinéastes Matsuyama Zenzo, Kawazu Yoshiro, et surtout Hani Susumu, qui deviendra l’un des principaux fers de lance de la nouvelle vague indépendante des années 1960. La Femme des sables (1963, prix spécial du jury à Cannes en 1964) sera de loin le plus abouti, et le plus fameux à l’étranger.
  • Kijū Yoshida – Nouvelle vague japonaise des années 60.
  • Shōhei Imamura

▪L’animation – Akira (1988) de Katsuhiro Ōtomo, Ghost in the Shell (1995)de Mamoru OshiiMiyazaki et Kon cités plus haut…

▪Le renouveau du cinéma d’auteur avec Takeshi Kitano

▬Et la Corée du Sud ? La Servante (titre original : Hanyo) est un film sud-coréen de Kim Ki-young sorti en 1960. Plus récemment, Park Chan-wook, Bong Joon Ho…

▬Hong Kong ? Pourquoi pas un petit tour vers la Shaw Brothers, société de production dont la création nous ramène à 1920 et qui court sur 90 ans d’histoire. Plus récemment, Wong Kar-wai, Johnny To (Election 1 et 2),

▬La Chine  – La compagnie Wenhua produira des chefs-d’œuvre. Minhua produit le plus grand film de l’époque, Springtime in a Small Town (1948) de Fei Mu qui est considéré comme un des plus grands et influents films chinois. 

▬Taïwan et Hou Hsiao-hsien

—–

Murnau ~ Nosferatu Versus L’Aurore

⌑Depuis Sens Critique, où je réside sous l’appellation Noire Vivante, je me suis demandée si de Murnau, je n’aurais pas choisi L’Aurore plus que Nosferatu, le vampire. Avec une note moyenne de 7,8 pour le second et de 8, 4 pour le premier, j’étais en accord.

Nosferatu – Le mythe du vampire sensuel anglo-saxon, qui éprouve du plaisir en mordant ses proies va être revu par Murnau, qui va faire du vampire un monstre laid et repoussant, de type médiéval.

Visconti ~ Rocco et ses frères Versus Le Guépard

⌑Vous l’aurez saisi, les deux films choisis par Scorsese pour honorer la place de Visconti sont La Terre tremble, film néo réaliste polémique qui dénonce ouvertement les conditions sociales des classes les plus défavorisées aux très belles compositions graphiques. Et Rocco et ses frères, film social qui fit scandale, Prix spécial du Jury de la Mostra, avec un regard caméra (Delon) sur la musique de Nino Rota inoubliable.

  • Au sein de cette fratrie, Rocco Parondi apparaît comme le joyau, l’ange du bien, détenteur d’une force brute, et pourtant pacifique, qu’il manifeste sur un ring de boxe. Un personnage inspiré du Prince Mychkine de L’Idiot de Dostoïevski.

▪Toutefois, je penche vers la période suivante de Visconti avec Le Guépard, son plus grand succès, Palme d’or à Cannes en 1963.

.L’écrivain Alberto Moravia s’exclama après avoir vu le film:

« C’est le film de Visconti le plus pur, le plus équilibré et le plus exact ».

DERNIERS POINTS DE PRÉCISIONS

Le Cinéma classique

// Le cinéma reste classique tant qu’il tant qu’il cherche à rendre le plus clair possible l’enchaînement action-réaction et subordonne les coupures à cet enchaînement.

▪Les coupures optiques (fondu-enchaîné) ou faux raccords fonctionnent alors comme de simples lacunes, c’est à dire comme des vides, encore moteurs, que les images enchaînés doivent franchir.

▾Les coupures rationnelles déterminent toujours des rapports commensurables entre séries d’images et constituent par là toute la rythmique et l’harmonie du cinéma classique.( Source Ciné Club de Caen)

1 – L’image action : David Wark Griffith, Cecil B. De Mille, John Ford, Howard Hawks, Robert Flaherty, King Vidor, Akira Kurosawa

2 – L’image situation : Charles Chaplin, Ernst Lubitsch , Anthony Mann, Sam Peckinpah, Arthur Penn, Jim Jarmusch, Kenji Mizoguchi

3 – L’école soviétique : Serguei Mikhaïlovitch Eisenstein, Vsevolod Poudovkine, Alexandre Dovjenko, Dziga Vertov

4 – L’expressionnisme : Friedrich W.Murnau, Georg Wilhelm Pabst, Fritz Lang, David Cronenberg, Martin Scorsese, John Carpenter.

5 – L’impressionnisme : Louis Lumière, Louis Delluc, Germaine Dulac, Marcel L’Herbier, Abel Gance, René Clair, Jean Vigo, Jean Epstein, Jean Grémillon, jean Renoir.

6 – L’abstraction lyrique : Jacques Tourneur, Joseph von Sternberg, Vincente Minnelli, Douglas Sirk, Carl Dreyer, Robert Bresson, Rainer Werner Fassbinder, Philippe Garrel

7 – Le naturalisme : Erich von Stroheim, Luis Bunuel, Nicholas Ray, Joseph Losey, David Lynch, Jean-Claude Brisseau

8 – La crise de l’image-action : Alfred Hitchcock, Tex Avery , Les Marx brothers, Sergio Leone, Brian de Palma , Wong Kar-wai , Quentin Tarantino

Loulou, Pabst

Rétrospective Institut Lumière Lyon Pabst

Le cinéma moderne

///Dans le cinéma moderne, l’image n’est plus enchaînée à la succession des actions. C’est la condition dostoïevskienne : « L’idiot » éprouve le besoin de voir les donnée d’un problème de façon plus profonde que la situation et de façon encore plus urgente.

▪Chez Ozu, dans le néo-réalisme, dans la nouvelle vague, la vision n’est même pas un présupposé ajouté à l’action, elle prend toute la place et tient lieu d’action. La coupure entre images se met à valoir pour elle-même, c’est une coupure irrationnelle qui détermine des rapports non commensurables entre images.

▪Les images ne sont certes pas livrées au hasard, mais il n’y a que des réenchaînements soumis à la coupure, au lieu de coupures soumises à l’enchaînement. Le néoréalisme invente ainsi l’image optique pure alors que, parallèlement, la nouvelle vague invente des dispositifs où se confrontent imaginaire et posture des corps donnant naissance à des mouvements radicalisant leur position entre cinéma mental et cinéma des corps.

9 – Le néo-réalisme : Roberto Rossellini, Vittorio de Sica, De Santis, Federico Fellini, Michelangelo Antonioni, Luchino Visconti et Yasujiro Ozu, Satyajit Ray, Abbas Kiarostami.

10- La nouvelle vague : François Truffaut, Jean Eustache, Eric Rohmer, Arnaud Desplechin, Olivier Assayas, Pascal Bonitzer, Wim Wenders, Jim Jarmusch.

11- Résistance des corps : John Cassavetes, Andy Warhol, Maurice Pialat, Patrice Chéreau, Jacques Doillon, Bruno Dumont.

12- Cinéma mental : Stanley Kubrick, Alain Resnais, André Téchiné, Benoît Jacquot, Claude Chabrol, Nanni Moretti.

13- Pointes de présents et nappes de passé : Marcel Carné, Joseph Mankiewicz, Hou Hsiao-hsien, Clint Eastwood, Pedro Almodovar, Chris Marker,.

14- L’image cristal : Max Ophuls, Jean Renoir, Luchino Visconti, Federico Fellini, Andrei Tarkovski, Jacques Rivette, Bela Tarr, Alexandre Sokourov, Gus van Sant, Chantal Akerman, Sofia Coppola.

15- Les puissances du faux : Orson Welles, Fritz Lang, Pier Paolo Pasolini, Jean Rouch, Gilles Perreault, Lars von Trier, Raoul Ruiz, Tim Burton.

16- Pensée et cinéma : Jean-Luc Godard, Guy Debord, Stan Brakhage.

Tout sur ma mère, Almodovar

Isabelle Pompe L, absente/absorbée par des visionnages jusqu’à la fin mars au plus tard, 07 mars 2021

2 réflexions sur “Les 39 films recommandés par Scorsese”

  1. Quel article !!! Merci Isabelle , il est d’une richesse incroyable et d’une connaissance très étendue. En ce dimanche matin, j’ai regardé le ballon rouge, un cadeau exceptionnel , d’une poésie proche de Prévert, l’époque sans doute, des images sublimes, un Paris entre deux univers où on devine les peintres impressionnistes du 19eme et l’après guerre. Encore merci

    Aimé par 1 personne

    1. Merci pour ce chaleureux commentaire! J’ai redécouvert le Ballon Rouge depuis la plateforme Mubi, j’ai adoré. Bon dimanche et à bientôt!

      J'aime

Les commentaires sont fermés.