Aire de repos

Bulles de septembre, jour 1, intérieur jour:

« Depuis plusieurs mois, j’ai eu envie de rester, là, pour observer ces cieux, remettre à plus tard mes agitations, remiser mes sources de stress et relativiser mes angoisses en me laissant aller au saisissement de leur mouvement.

La contemplation n’a, en effet, rien de statique, préférant le sol, la terre et les cieux, laissant de côté le milieu, regardant en bas, puis lever les yeux.

J’ai donc pensé à ces voyages sublimes offerts gratuitement depuis mes rues et fenêtres, habitations avec ou sans toit.

Les figures, formes, langages des nuages m’ont fait traverser ses crises successives sociétales, personnelles en me permettant de comprendre mes différents états. Composer avec elles, saisir la puissance, les contrastes et tout ce vocabulaire déposé, dans son intégralité, sous nos yeux, matin, midi et soir.

Point d’impasse, par ici.

Ressentir l’épaisseur, l’éclat, se laisser emporter, embarquer, envelopper par ces teintes, appréhender ces cycles auxquels nous sommes soumis, jour et nuit, comme autant de passages méditatifs et vitaux.

Ces traversées m’ont aidé à m’élever, à ne pas me laisser emporter par les temps de latence, l’impatience, l’attentisme de ces autres. A leur étrange manière de se mouvoir, de changer, j’ai choisi de me laisser transpercer par « ces états de ciel ».

Puis, j’ai vu se former des mots, des choses sombres, à ne pas recevoir comme des menaces mais davantage comme des attentions, je me suis, alors, placée dans la meilleure disposition pour me défaire, me départir.

Quitter ces lieux en ayant fait le ménage, sortir de mes passés troublés en ayant pris la peine d’apaiser, de rétablir, faire justice à ces « moi » muettes de peur. Poursuivre avec la volonté de ne plus se laisser briser.

Au fur et à mesure de ces étapes, la noirceur s’est intensifiée. Une percée dans ces profondeurs aux allures de bataille, de test et de précision.

Plus l’approche fut nette dans mes questionnements intimes, plus l’ardeur du noir se fit sentir. De manière concrète, je décidai de faire le tri, de me séparer d’objets, d’en vendre d’autres qui n’avaient plus leur place à mes nouveaux côtés.

Après avoir entrepris la rédaction de mini dossiers mis en ligne sur Calameo, je poursuivis ce travail d’écriture afin de préciser et contextualiser mes derniers champs photographiques que sont Tapku en 2015 et ODC en 2018, j’ai donc rédigé, mis en forme et ai envoyé à la publication, suis devenue porteuse de l’eau de ces mots en devenant éditrice. Réparer.

L’apaisement après l’acharnement, il m’a fallut trois mois pour reprendre mes textes premiers en théâtre « Riffs de rigueur » dispo à la vente également et finaliser mes deux autres titres: Tapku – Utopie d’une fictivité et ODC- Mirage d’un désordre. J’ai soigné la couverture des ces livres au format A5 en veillant à ce qu’aucune inscription, ni titre, ni nom, une pure image seule et distincte mais toujours noir et blanc.

Prenant ces cieux pour guides, mes départs se muent en changements.

Les émotions furent vives en ce 1er semestre 2021, aire de troubles où il m’a fallut chercher le repos pour m’autoriser mes suites. Quel demain, autour de quelles pensées et de quels systèmes ? Quelle créativité et de quoi sera faite sa teneur ?

Clore pour mieux partir. Fermer pour pouvoir quitter.

Mes magasins d’images, mes mondes verbaux et picturaux seront composés à partir d’autres matériaux, le passage à l’après peut, désormais, s’envisager.

Aire de repos.

Presque soulagée, j’ai laissé derrière moi des interrogations culturelles, des travaux sur le patrimoine, notamment, avec de très nombreuses questions qui n’ont pas pris l’allure d’articles. Affairée à autre chose, je me suis déplacée dans mes intérêts pour mieux me rendre à bonne distance.

L’idée d’avoir voulu poser le patrimoine, via la dépatrimonialisation comme sujet d’étude s’est retrouvée à l’arrière plan, peut-être, ailleurs, sous un autre angle.

Cette période, ces instants tous liés par ces crises diverses m’ont profondément transformée, mes envies professionnelles ont bougé, les adaptations constantes requises par cette situation sanitaire m’ont amenée à concevoir, avec bonne foi, obsolescence et disparition de cette idée de trace, de conception. Le rôle qui sera le mien tiendra en ces actions de protection, préservation et conservation, sans plus attendre.

Point question de feu vert, de légitimité, la culture s’est vue dépassée par d’autres urgences, l’ordre s’en est trouvé modifié.

Pas de retour, peut-être, la vie me permettra de revoir certains. L’objectif étant de se détacher des objets, choses, de se défaire de son patrimoine.

Sur des sites, j’ai crée ces profils, toujours du même nom, un antérieur, Alphise, chez Rakuten, vous verrez les livres, revues, depuis la BD, le cinéma, la littérature, le théâtre y compris les livres d’art…J’ai tout mis « à céder ».

Les histoires qui me ramenaient à Paris sont closes, les passés simples le sont tout autant, aérer sa vie, alléger ses temps pour mieux se libérer et respirer.

2020 et ce premier 21 semestre m’ont obligé à m’arrêter, du piège en passant par la souffrance, de la déception aux tiraillements de la frustration, quelles interruptions! Quel étrange séjour, une rupture plus qu’une immobilisation, une rémission.

(Toutes ces photographies ont été prises en 2021, à Petit-Quevilly (Seine Maritime/76).)

Bien à vous, beaux états et courages

Isabelle Pompe L. dans de beaux draps, le 1er septembre 2021.